Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Le beau monde livresque de Mégara

Le beau monde livresque de Mégara

"Un livre doit être la hache pour la mer gelée en nous." Kafka

rentrée littéraire: un livre étonnant!

rentrée littéraire: un livre étonnant!

Je viens de finir la lecture de Vivre près des tilleuls du comité l'AJAR. Je l'ai dévoré en une journée.

C'est la conception romanesque qui m'a portée vers ce livre, plus que le thème en lui-même. En effet, cet ouvrage a été écrit par 18 auteurs. Leur challenge a donc été de taille: proposer au public un livre qui tienne la route. Le défi est remporté haut la main! Les auteurs expliquent leur démarche à la fin du texte: méthode de travail préliminaire, échanges sur les textes proposés, affinage du texte gardé... Leur discours est de dire qu'un texte du pure fiction, sans rapport avec la vie ou l'expérience des écrivains, est aussi puissant qu'un ouvrage écrit dans la solitude. Belle leçon pour voir et comprendre la littérature moderne autrement.

Quant au sujet livresque, nous sommes face à une mise en abyme. Le livre est écrit comme s'il livrait les mémoires d'une femme. Dans la préface, un homme se présente comme l'ayant-droit testamentaire d'une auteure, décédée. Il prévient le lecteur que le texte qui va suivre a été rédigé par elle. Or, tout n'est que mystification. Vivre près des tilleuls n'est pas l'oeuvre d'Esther Motandon mais bien celle des 18 hommes et femmes du groupe AJAR. Ce texte dans le texte est savoureux. J'ai oublié plus d'une fois que la fiction existait dans ce texte. Je me focalisais sur les sensantions, sentiments de cette Esther. J'avais l'impression de lire des mémoires, que la femme avait couché sur papier une tranche de vie.

Le contenu y est pour beaucoup dans la croyance en ce mensonge: la perte d'un enfant. Même si je n'ai pas vécu ce traumatisme, je me suis mise facilement à la place d'Esther. Elle évoque le décès de sa petite fille, le regard des autres, leur ignoble compassion, le fracassement de son couple, son besoin de solitude et exprime avec délicatesse et pudeur l'ineffable. Parfois, je me disais que tout était pure fiction et souvent je me laissais prendre au piège. L'AJAR a vraiment réussi un coup de maître.

La citation du livre:

" Puisqu'il faut des fleurs, autant recouvrir ma petite en entier. Y mettre toutes les couleurs, la gribouiller. Lui rendre le monde qu'elle barbouillait sur du papier."

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article