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Le beau monde livresque de Mégara

Le beau monde livresque de Mégara

"La vie enfin découverte et éclaircie, c'est la littérature." Marcel Proust

Pour l'amour d'un pays quitté trop précipitamment: une jolie leçon de vie.

 Je vous présente le dernier roman que j'ai lu: Petit pays de Gaël Faye. Il évoque la terre natale trop vite quittée, dans la veine de J'ai lontemps eu peur de la nuit de Yasmine Ghata qui avait fait l'objet d'un précédent article sur ce même blog. (Petite mention spéciale: merci à la personne qui m'a offert ce précieux cadeau...!)

Gabriel est un garçonnet de dix ans, jovial, croquant la vie à pleines dents grâce à sa candeur enfantine, sa famille parfaite et ses  amis faisant les quatre cents coups avec lui dans une bonhomie légère. Ce bonheur va se dégrader quand la guerre civile éclate entre tribus du même pays, à l'instar des événements rwandais. Commencent alors la peur, l'incompréhension, la haine, la vengeance. Le lecteur voit ces déchirements au travers du regard de Gabriel, sidéré, du haut de ces dix ans, du comportement bestial et non réfléchi des hommes, aveuglés par leur fierté. J'ai vraiment eu l'impression de suivre l'histoire en focalisation interne, comme si je suivais Gabriel. L'impression d'hypotypose est assez forte mais toujours elliptique, dans une sorte de profond respect: l'auteur fait l'impasse sur les détails scabreux du massacre. Le texte reste très pudique, préférant les périphrases ou le recours à des euphémismes. La suggestion rend ce texte très beau, non voyeuriste.

Ce roman, outre le récit-hommage à un pays, met en exergue des points importants que tout lecteur attentif et sensé saura reconnaître: l'importance des racines, la bêtise humaine, les dangers de la vengeance, l'absurdité de la guerre.

Il y a aussi dans ce livre l'omniprésence de l'espoir. Gabriel croit en l'avenir, conserve ces petits plaisirs quotidiens pour ne pas assombrir sa famille et essaie d'apporter du bonheur, quoique éphémère. Il y a de très belles pages éparpillées - vers la fin du roman - sur l'amour livresque, sur ce que la lecture peut apporter, sur ses pouvoirs quasi magiques. En tant que lectrice passionnée, j'ai évidemment été charmée par ces passages!

Quant à la fin, elle est magnifique. Gabriel, qui a pu être expatrié en France, revient au Burundi, âgé de trente ans. Il retrouve un de ses meilleurs amis. Commencent alors les souvenirs, l'état du pays, les pleurs, les éclats de rire, l'humour retrouvé, les pincements au coeur. Et dans tout ce brouhaha verbal, il reconnaît la voix d'un être cher, disparu et jamais revu depuis vingt ans. Je ne vous dévoile évidemment pas qui c'est, vous le découvrirez par vous-même...! Roman profondément poétique et humaniste.

La citation du livre:

" Bientôt ce sera la fin de mon anniversaire, je profitais de cette minute avant la pluie, de ce moment de bonheur suspendu où la musique accouplait nos coeurs, comblait le vide entre nous, célébrait l'existence, l'instant, l'éternité de mes onze ans, ici, sous le ficus cathédrale de mon enfance, et je savais alors au plus profond de moi que la vie finirait par s'arranger."

 

 

 

  

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l.chauviere 08/11/2016 09:12

grace a tes commentaires tu as donner envie de lire cet ouvrage à quelqu'un de ton entourage :....ta mère !!!
ce livre est d'actualité ...mais à cette èpoque on ne pensait ,encore, pas à coloniser notre continent !!!

Mégara Ponvière 30/11/2016 11:45

J'ai donc réussi ma mission: donner envie de lire. Merci maman!