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Le beau monde livresque de Mégara

Le beau monde livresque de Mégara

"La vie enfin découverte et éclaircie, c'est la littérature." Marcel Proust

GONCOURT: très bon choix, thème peu commun.

    Il a été attribué à Leïla Slimani pour Chanson douce. Le livre vaut largement ce prix et plus encore de par le thème évoqué. En effet, le Goncourt est souvent associé à des ouvrages relatant des périodes historiques, des conflits, des grandes figures... alors qu'ici, non! Une banale histoire de famille avec ses hauts et ses bas.

    Un couple décide de faire garder, à leur domicile, ses deux enfants par une assistance maternelle. Elle est expérimentée, méticuleuse, les enfants l'adorent, elles ne compte pas ses heures chez ses employeurs. Elle devient rapidement indispensable puis insupportable et enfin parasite à éliminer. Jusqu'au drame final... Je ne révèle rien de caché en soi car le livre commence par une prolepse: dès l'ouverture de la première page, nous savons que cela se finira mal. Et pourtant, comme dans un thriller au suspense haletant, on continue la lecture pour comprendre: comment a-t-on pu en arriver là?

    En lisant le roman - et selon moi, c'est là où réside toute l'ingéniosité livresque - il m'a été difficile de comprendre l'instant où tout a basculé. J' étais tellement prise par les mots, le déroulé des événements, qu'à un moment je me suis demandé si je n'avais pas sauté des pages! On est happé par le livre, le bonheur, la joie familiale puis d'un coup tout s'assombrit. La nourrice devient indispensable, elle est adulée; la nourrice devient étouffante, elle est à renvoyer: le déclic est à peine visible. Tout est fait dans la précipitation.

    Les ruptures chronologiques donnent aussi du rythme et du sens à l'histoire. Grâce aux multiples analepses, nous découvrons le passé de chaque protagoniste, principal ou secondaire. Ce qui va suivre n'engage que moi mais si vous êtes en train de lire mon article, n'hésitez pas à partager cette sensation avec moi. J'ai été souvent mal à l'aise de pénétrer l'intimité de la nourrice, si malheureuse et surtout si seule, malgré son sourire de facade. C'est presque indicible comme sensation. Je me sentais un peu "coupable" de mon bonheur, le livre entre les mains, alors que Louise était désespérée, folle. Je ne pouvais l'aider et avais l'impression de jouir de son malheur. Vraiment étrange cette impression de voyeurisme impuissant - même si la lecture en général est voyeurisme.

   Goncourt à découvrir, si tel n'est pas encore le cas.

 

La citation du livre:

" Mais dans quel lac noir, dans quelle forêt profonde est-elle allée pêcher ces contes cruels où les gentils meurent à la fin, non sans avoir sauvé le monde? "

   

 

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