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Le beau monde livresque de Mégara

Le beau monde livresque de Mégara

"La vie enfin découverte et éclaircie, c'est la littérature." Marcel Proust

Interview avec Patricia Castex-Menier.

Interview avec Patricia Castex-Menier.

1ère interview de ce blog: un grand moment!

J'ai rencontré Patricia Castex-Menier, l'auteure de L'éloignée - cf mon article sur ce livre - le 22 Septembre dernier, à Villemomble, dans le 93.

Rencontre intimiste...

Moi: l'anadiplose (reprendre en début de chapitre les mots qui terminent le précédent) caractérise ton oeuvre. Pourquoi ce choix stylistique?

Patricia: c'est pour symboliser le fait que ce livre est un itinéraire, que nous vivons tous des étapes. C'est comme lorsque nous marchons, nous mettons forcément un pied devant l'autre pour avancer. C'est aussi pour apporter un rythme poétique, montrer que tout se répète.

M: la métaphore "en sortant à rebours de la chrysalide du temps" évoque-t-elle la vie après la mort? Le côté éphémère de chaque être humain?

P: non. Je ne crois aboslument pas à la vie après la mort d'une manière religieuse. C'est l'inconnu pour moi. J'ai utilisé cette métaphore davantage pour montrer que toute personne se transforme, qu'elle traverse les âges. Quand la mort arrive, elle vit sous une autre forme.

M: à un moment du livre, tu écris trois paragraphes à la suite où tu exposes la mort tout d'abord avec une vision négative puis positive et enfin interrogative. Est-ce un message d'espoir mêlé au doute de ne rien savoir de cet état?

P: je vois la mort comme un état que je ne connaîtrais jamais avant de partir à mon tour. En revanche, tout n'est pas négatif. Certes, la mort laisse du vide, le deuil fait mal, j'ai souffert de la perte de la personne aimée. En revanche, cette femme subsite toujours en moi et pour moi. Quand je vois une chose, un arbre par exemple, je sais qu'elle est là. Ce n'est pas une présence matérielle. Je sais que l'arbre est un arbre! Mais je me dis que la terre a un peu en elle du corps de ma grand-mère. Elle habite donc symboliquement l'arbre grâce à ses racines qui puisent dans la terre.

M: dans ton oeuvre, l'image des "persiennes closes" est récurrente.

P: cela remonte à mon enfance. Quand je me couchais, je fermais les volets qu'on nommait chez nous les persiennes.L'heure du coucher était important. C'est le symbole de l'obscurité, de la protection. Ce rituel enfantin, heureux, était inévitable dans mon livre. Il me rapelle ma grand-mère, qui m'a éduquée.

M: " ... qui t'a laissée ainsi vivante dans le livre". L'écriture permet-elle l'éternité? Les mots ont-ils le pouvoir de rendre la vie, comme une sorte de métempsychose littéraire?

P: quand j'écris, je reconvoque la défunte. Je pense à elle, j'écris sur elle donc elle est là, avec moi, dans le même lieu.C'est pour cela que j'ai utilisé le "tu". Je communiquais directement avec elle. Elle était vivante pendant que j'écrivais. Ton expression de métempsychose est pas mal. L'écriture permet la réincarntion immatérielle, symbolique, certes éphémère. Mais elle fait du bien.

M: Tu utilises le substantif "épouvante" pour caractériser la vie et l'adjectif "paisible" pour désigner la mort. Vois-tu la mort comme libératrice?

P: Je ne sais pas. J'utilise souvent la modalité interrogative.Je souhaite la mort paisible pour cette femme que j'ai tant chérie.

M: l'anaphore de l'expression "au-delà" est digne de sens dans l'extrait suivant: "au delà des lacs, au delà des forêts, au-delà des rives"...

P: je vois le lac comme un tremplin de ma pensée. Je visualise le lac et ce qu'il y a derrière. La mort reste un mystère. Ces images, mettant en relief la nature, intensifiées par l'anaphore, permettent de rêver, d'imaginer l'autre côté comme un paysage tranquille, agréable.

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